Culture : L’ombre d’une voix  

Maudit par les dieux, Pompéi (ville romaine antique) fut ensevelie par un nuage de cendres et de pierres, libéré par le réveil du Vésuve. À Saur- Ville (une cité située quelque part dans l’archipel de kokoro), il s’en est fallu de peu pour que la cité soit détruite, que l’éruption volcanique du redoutable PALA emporte sur son passage tous les saur-villois.

En plein milieu de la journée alors que la vie battait son plein, un gros nuage noir a remplacé le soleil étincelant dans le ciel. Quelque chose de grave se prépare, de très grave. Les saur-villois sont sur le qui-vive, ils ont l’impression qu’une catastrophe se profile à l’horizon. « On attend soudain des grondements de tonnerre. Des fumées titanesques s’élèvent, là-bas, quelque part. L’éruption du volcan PALA est imminente ». La raison ? Ce sont des raisons et elles sont nombreuses. Ce sont les terribles machinations des soi- disant jeunes Cadres civilisateurs, ceux-là qui parlent comme des anges, mais agissent comme le Diable. Ce sont les manipulations des intellectuels (Les Tanrabous). Il n’y a pas que l’argent qui les intéresse. Ils veulent tout posséder : les choses et les hommes. Ce sont aussi les élucubrations des notables qui n’ont d’oreilles que pour l’excès de riz et de viande. Grisés par l’oisiveté de l’après grand mariage, ils ont délaissé les travaux champêtres pour se consacrer à l’escroquerie, au partage des enveloppes. En somme, c’est toute une Cité qui égare ses hommes, aveugle ses femmes et déprave sa jeunesse. « Et voilà ce que ça donne lorsqu’on fait le mal. La punition tombe, implacable !»

Dans ce roman qui se lit comme une chronique de la vie quotidienne, Pr Mathias fait le récit de la décadence d’un pays, d’une ville, la sienne, qui attire le malheur comme un aimant attire le métal. À travers son récit, l’auteur compile les étourderies, les anomalies, la déliquescence de notre société pour pouvoir ensuite bien les brocarder, les dénoncer. Rien ni personne n’est épargné. À commencer par « L’islam de bonnet », où des jeunes et des notables se pavanent à longueur de journée en boubous blancs et bonnets de valeur, mais ne respectent aucunement les préceptes de la religion. « L’islam, on en entend parler, mais on ne voit pas les musulmans. Que des bonnets et des chapelets ». Que dire de ces politiques véreux : ils rivalisent de hâbleries sur l’avenir du pays ; ils passent leur temps à tromper leur peuple, à abuser de leur confiance, de leur naïveté. Vu la manière dont le ton est posé et le verbe plus haut, on pourrait penser que « L’ombre d’une voix » est un livre engagé, mais il n’en est rien de tout ça. C’est tout bonnement un miroir qui nous est tendu et qui fait apparaître peut- être mieux que toute autre démonstration, les paradoxes de notre pays qui conjurent et précipitent jour après jour sa chute.  

Mathias de son vrai nom Saïd Mouzé est né à Ntsaoueni. Il est professeur de philosophie.  L’ombre d’une voix est son premier roman, il est sorti le mois de mars 2019 aux éditions KomEdit.

La rédaction de Dounia web

Le livre peut être commandé sur la plateforme numérique : www. presencecomorienne.com