L'article de Muzdalifa House apparu ce 1áµÊ³ décembre, nous a réveillé les neurones.
Il y a des gestes qui ne relèvent pas du hasard. Et il y a des silences qui en disent bien plus long que n’importe quel communiqué officiel. La photo qui circule voir l'article— un représentant français posant devant la tombe d’Ahmed Abdallah, ancien président comorien assassiné, comme s’il se trouvait devant un simple monument touristique — appartient à cette catégorie-là.
Muzdalifa House, dans son article du 1er décembre 2025, ne s’y trompe pas : cette image n’est pas anodine. Elle réveille un passé encore brûlant pour les Comores, un passé que certains aimeraient voir s’effacer, s’adoucir, ou se déformer pour mieux servir les rapports de force actuels.( Source : muzdalifahouse.com, « Quand les oiseaux se taisent dans la prison », 01/12/2025)
Ce n’est pas qu’une photo. C’est un rappel. Un avertissement.
Car ce qui dérange ici n’est pas seulement l’attitude décontractée du diplomate.
Ce qui choque, c’est :
la mémoire piétinée,
l’histoire traitée comme un décor,
et le silence complice qui suit.
Ni excuses.
Ni explications.
Ni même un mot pour reconnaître la sensibilité du lieu.
Ce mutisme des autorités françaises comme comoriennes est un signal inquiétant : celui d’un effacement progressif de l’histoire, d’une dépolitisation voulue, d’un peuple qu’on espère endormi.
Le vrai drame : notre mémoire se dissout, notre dignité avec
L’article original de Muzdalifa House le dit clairement : autrefois, les Comores avaient une mémoire vive, un sens du collectif, une conscience politique forgée dans la lutte et le refus de l’humiliation coloniale.
Aujourd’hui ?
Ce récit se délite.
Les jeunes n’apprennent plus les combats d’hier.
Les figures historiques disparaissent dans l’indifférence générale.
Et dans ce vide, la domination symbolique retrouve ses marques, s’installe, se normalise.
Quand un diplomate étranger se permet une mise en scène aussi déplacée et qu’aucun responsable ne réagit,
le message est clair : on peut tout se permettre, puisque personne ne se lèvera pour rappeler les limites.
Le silence, voilà l’ennemi
C’est d’ailleurs le sens même du titre choisi par Muzdalifa House : Quand les oiseaux se taisent.
Les oiseaux, ce sont nos voix.
Les voix qui dénoncent, qui défendent, qui rappellent l’histoire, qui refusent l’effacement.
Quand elles se taisent, d’autres s’expriment à leur place.
Quand elles se taisent, l’espace se remplit de récits étrangers, d’images imposées, d’interprétations fabriquées.
Quand elles se taisent, la mémoire s’érode — et avec elle la dignité d’un peuple.
Refuser l’oubli, c’est refuser la soumission
Il ne s’agit pas seulement d’un simple débat historique ou d’une polémique de réseaux sociaux.
Il s’agit d’un combat pour la souveraineté symbolique.
Un pays qui ne protège pas ses lieux de mémoire, qui ne défend pas ses figures historiques, qui laisse d’autres raconter son passé… est un pays qu’on peut façonner de l’extérieur.
La photo n’est donc pas « juste une photo ».
Elle est un miroir.
Elle nous montre ce que nous sommes devenus :
un peuple qui observe, qui commente… mais qui ne répond plus.
Demain, ils fêteront Bob Denard comme un héros.
Alors, quand les oiseaux se taisent, qui parlera pour nous ?
Dans son article, Muzdalifa House nous met face à une responsabilité urgente : réveiller nos consciences avant qu’il n’y ait plus rien à réveiller.
Le silence ne protège jamais.
Il enterre.
Il efface.
Il offre à d’autres le droit de dire à notre place ce que nous devrions dire nous-mêmes.
Il est temps que les oiseaux recommencent à chanter.