Monsieur Azali Assoumani,
Si j’étais l’un de vos proches, et si je savais que mes mots vous parviendraient, je dirais ceci :
ã Les dix années qui s’achèvent en ce mois de mai comptent parmi les plus sombres de nos 51 années d’indépendance. Une décennie où l’ombre a peu à peu étouffé la lumière.
Or, notre pays regorge de talents. Proportionnellement, nous en avons davantage que beaucoup de nos voisins. Et pourtant, nous avons emprunté le chemin inverse. Le pays recule, pas à pas, comme s’il craignait son propre avenir.
Vous ne le voyez pas ? Peut-être.
L’orgueil vous aveugle. Le pouvoir vous enivre autant qu’il vous hante. Une voix sans visage vous murmure chaque soir à l’oreille : ãContinuez, vous faites mieux que les autres.ã
Mais cette même voix oublie de vous rappeler que ces autres n’ont gouverné que quatre ou cinq ans, tandis que vous avez eu, des 18 années à la tête du pays. Bientôt vingt ans.
Et vous continuez d’écouter, sans vous arrêter, sans réaliser que nous ne sommes plus en 2000, mais en 2026. Le monde a changé. Les jeunes ont grandi. Seul le pouvoir semble être resté figé.
Moi, en 2000, j’étais en sixième, un enfant qui croyait encore aux promesses.
En 2026, je suis père et expert dans mon domaine, comme des milliers de jeunes Comoriens qui portent en eux le savoir, l’expérience et la volonté de construire.
Vous avez eu cette génération entre vos mains. Vous avez choisi de ne pas l’écouter. Obnubilé par le pouvoir, vous avez cru que la ruse suffisait, que la manipulation durerait toujours. Vous avez maîtrisé l’art de tromper vos semblables. Mais toute illusion a une fin.
Monsieur Azali Assoumani,
Aujourd’hui, vous êtes grand-père, parvenu à un âge où l’on accepte enfin de regarder en arrière pour mieux s’assagir. Asseyez-vous seul, une nuit, sans garde, sans courtisans. Interrogez votre conscience.
Sortez, déguisé, sans que personne ne vous reconnaisse, dans les ruelles de Mitsoudjé, votre ville natale. Marchez dans le silence des rues sombres.
Écoutez le murmure des mères, les pas des jeunes sans emploi, le soupir des anciens oubliés. La nuit vous dira ce que vos conseillers n’osent plus vous dire : l’évidence!
Monsieur Azali Assoumani,
Revenir sur votre décision, qui réveille toutes les colères, vous rendra service à vous-même. Car vous le savez, en tant que militaire qu' aucun pouvoir, dans l’histoire du monde n’a vaincu face à un peuple qui s’unit et se révolte. Tôt ou tard!
Votre génie de la manipulation touche à sa fin. Le pays ne peut plus reculer sans se briser. L’Histoire n’oublie pas. Elle observe, elle attend, et un jour, elle rend son verdict. ã
Mi mKomori, qui ai presque le même âge que vos enfants.
Mmadi Hassani ABDILLAH
Historien, écrivain et enseignant