24 mars 2018
Lettre ouverte à Monsieur le président de la république concernant les événements malheureux qui ont eu lieu, le 02/02/2018, dans le village de Bahani
Monsieur, le Président de l’Union des Comores,
- Par la présente, nous avons l’honneur de vous informer des faits douloureux suivants, selon les informations et les preuves que nous avons:
En effet, Le 02/02/2018, le village de Bahani (dans la région d’Itsandra) a été assiégé et pris d’assaut par les forces de l’ordre comoriennes, notamment par le peloton d’intervention de la gendarmerie nationale (PIGN), à cause d’un acheminement illégal et insécurisé de déchets à Itsoundzou, au nord du village.
Que s’est-il passé réellement? Un contrat de gestion des déchets de l’agglomération de Moroni et ses environs dont voici le lien (http://www.km.undp.org/content/comoros/fr/home/operations/projects/environment_and_energy/projet_dechets.html), a été signé avec la région d’Itsandra et le PNUD. Ce contrat a pris effet depuis le mois d’Octobre 2014 et a expiré le mois d’Octobre 2015, sous conditions d’honorer les engagements pris et sont énumérés dans ce dit contrat, notamment l’aménagement des aires de réception et de tri, la sécurisation de l’acheminement des déchets, le traitement etc. Aucun de ces résultats attendus n’a été honoré.
Le 02/02/2018, alors que le contrat n’était plus valable, le village de Bahani et la commune d’Itsandra Djoumoi Chongo, ont sollicité un dialogue avec les autorités, afin de mettre en lumière les points non respectés et trouver des solutions, avant la continuité de l’acheminement des déchets. Malheureusement, force est de constater que les autorités ont fait le choix de l’agressivité à la place du dialogue. Et, la suite nous la connaissons tous, tout le village a été investi, quadrillé par les forces de l’ordre et les habitants agressés. Les enfants et les personnes âgées n’ont pas été épargnés et beaucoup des jeunes arrêtés et placés en garde-vue. Au cours de ce massacre, des gaz lacrymogènes, des coups de matraques et des balles réelles ont été utilisées. Le bilan est très lourd (voir photos) car plusieurs dizaines de personnes ont été blessées dont certaines grièvement et plus de 70 arrestations illégales et la plupart à domicile. Certaines femmes ont été arrêtées dans leurs lits, d’autres depuis les toilettes, sans ménagement. Sur le plan matériel, de nombreuses maisons et leurs mobiliers ont été saccagés, les véhicules cassés et sévèrement rendus en épave. Mais c’est surtout les biens qui appartiennent à la diaspora du village qui ont été ciblés. Pourquoi cette terreur est allée jusqu’à s’en prendre à l’éclairage et la place publics? Le Centre de santé du CARITAS Comores du village a lui aussi subi ces actes de vandalisme. Les cultures agricoles à proximité ont été détruites avec leurs fruits, notamment des bananes. Le montant des dégâts matériels est en cours d’estimation et cela sans parler du préjudice moral et psychologique inestimable.
Permettez-nous de rappeler que cette violence et cette haine, laissent entrevoir la délinquance et le désordre qui règnent au sein de l’Armée comorienne? Ainsi nous sommes malheureusement pris par l’incompréhension et l’indignation, en voyant des éléments de l’armée nationale censés protéger la population agir de la sorte? Les enfants sont traumatisés et perdent confiance aux forces de l’ordre.
Son excellence,
Notre démarche est d’attirer votre attention sur cette ignominie qui, ne fait que discréditer et ternir l’image des forces de l’ordre, qui relèvent de vos prérogatives. Rappelez-vous Monsieur le président que ce n’est pas la première fois que l’armée comorienne a recours à l’injustice et l’abus de pouvoir. Il y a eu l’affaire Handouli au cours de laquelle la ville de Vanamboini a payé le prix fort et bien d’autres encore.
Alors il est temps de créer les conditions d’un Etat de droit, dans lequel le respect de la démocratie, des libertés d’expression et individuelles, doit primer dans le pays, afin d’assurer la paix et la sécurité.
Comme a dit Abraham LINCOLN, « la démocratie est le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Dans ce sens, nous vous rappelons que les accords de Genève par les articles 5 et 9 de la déclaration universelle des droits de l’homme, stipulent respectivement que « nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants », « nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ni exilé. » Le peuple comorien a affirmé solennellement, tel qu’est cité dans le préambule de la constitution de l’Union des Comores (modifié en 2009) de :
- « se doter de nouvelles institutions fondées sur l’Etat de droit, la démocratie, … » - « Marquer son attachement aux principes et droits fondamentaux tels qu’ils sont définis par la Charte des Nations Unies, celle de l’Organisation de l’Unité Africaine, le Pacte de la Ligue des Etats Arabes, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme des Nations Unies et la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, ainsi que les conventions internationales notamment celles relatives aux droits de l’enfant et de la femme. »
Le peuple a proclamé :
- « l’égalité de tous en droits et en devoirs sans distinction de sexe, d’origine, de race, de religion ou de croyance ; » - « l’égalité de tous devant la justice et le droit de tout justiciable à la défense;»
- « la liberté et la sécurité de chaque individu sous la seule condition qu’il n’accomplisse aucun acte de nature à nuire à autrui. »
Ainsi, nous demandons la libération de ces innocents et souhaitons que justice soit faite suites à ces actes inhumains, d’irresponsabilité et d’injustice commis au nom de l’Etat.
Les forces de l’ordre ou l’Armée nationale ne devraient pas être équivalentes à l’injustice, à la haine, à la violence et à l’oppression. Elles doivent être synonymes d’ordre et de paix.
Son excellence,
Le village de Bahani n’a demandé que deux choses :
- Le respect de la loi (le contrat n’était plus valable).
- Le respect de leur santé et de l’environnement.
Le village et tous les villages avoisinant sont victimes de la pollution émanant de ce site et n’arrivent pas à respirer. Tout au long de la route jonchent les détritus éparpillés par Les camions au passage, c’est inadmissible et déplorable que depuis 2014 qu'aucun traitement de ces déchets n'a été entrepris. Cette décharge sauvage devient un grand danger pour la santé des citoyens et pour l’environnement. Ces détritus non triés, nauséabonds, sont infectieux, avec le risque de graves maladies, notamment, le VHB, le VHC, la tuberculose, la peste, etc. Tout est mélangé ensemble, sans aucun tri à la collecte; les produits chimiques, les déchets hospitaliers, les plastiques de tout genre, les objets piquants et tranchants etc. Cette situation met en péril la santé des villageois et ceux qui sont aux alentours, sans oublier l’environnement. Pour rappel, cette zone fertile a toujours nourri les habitants voir au-delà. Alors pourquoi faire le choix de condamner une terre agricole fertile, au lieu de la mettre en valeur, l’exploiter pour le bien de tous?
Peu après l’indépendance du pays, vos prédécesseurs n’ont cessé de voir dans cette région un prolongement de la capitale, Moroni, pour désengorger l’administration par l'implantation soit d’une zone industrielle, soit d’un hôpital de référence ou de quartier des Ambassades. Sa proximité avec l’aéroport International de Hahaya Prince Saïd IBRAHIM, son cadre de vie paisible et sa verdure constituent une énorme potentialité économique et environnementale.
Monsieur, le Chef de l’Etat,
Aucun village ou ville ne doit pas être une poubelle, y compris Bahani et Moroni. Il est inimaginable qu’une seule commune ou un seul village reçoit les déchets de tout un pays ou une île, sans moyens et précautions adéquates.
Il en va de la responsabilité des autorités, d’adopter une stratégie qui permettrait d’assurer une gestion adéquate et durable de ces déchets. Un projet qui respectera la santé de tout le monde et qui respecterait l’environnement et sa biodiversité. Vous le savez bien comme nous, qu’aujourd’hui, on ne considère pas les déchets comme un obstacle uniquement. On les perçoit aussi comme une potentialité économique, par leur transformation, surtout dans un pays comme le nôtre, où le taux de chômage est vertigineusement haut, une jeunesse menacée par le désespoir de l’avenir qu’on lui réserve. Il est temps que cet avenir soit réfléchi, que la santé de tout le monde soit parmi les priorités des gouvernants et que l’environnement soit respecté, pour notre bien et les générations à venir. Notre archipel nécessite une attention particulière, notamment au niveau de la protection de l’environnement, car nos iles sont exposées à ce grand fléau du 3ème millénaire. De par notre situation géographique, s’agissant des iles, la limitation des gaz à effet de serre et toute autre mesure devraient être un combat de tous les jours, pour limiter les effets nocifs et destructeurs.
Nous vous prions de croire, monsieur le président, l’expression de notre haute considération.
Le Président
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