Élections aux comores | Que détermine le comportement électoral du citoyen comorien ?


17 mars 2019

Le 24 mars prochain, les comoriens sont invités aux urnes afin de choisir l’homme qui dirigera leur pays pour les cinq prochaines années. Depuis longtemps, une question des plus légitimes, taraude l’esprit de petit comorien que je suis : le déterminant du comportement électoral de mes concitoyens, c’est-à-dire, comment faisons nos choix électoraux. Les Comores figurent parmi les pays les plus pauvres du monde. Inutile de présenter ici les données économiques (PIB, taux de croissance, taux de chômage…) car la vie précaire de l’écrasante majorité des comoriens parle d’elle-même.

En effet, dans ces îles, la population tend de plus en plus à se paupériser, avec un contraste qui n’est pas des moindres, l’enrichissement des autorités gouvernantes. N’est aisé que celui qui eût ou a une place importante dans le SIRIKALI.

Aux Comores, outre l’économie, aucun autre secteur de la vie sociale ne se porte bien. Pas de service public, l’école, transmetteur de savoir et de valeurs, la santé vont plus mal, et n’en parlons plus de la cohésion sociale sans cesse menacée etc… On parle ici d’une société où la classe politique ne propose plus de réponse à tous ces problèmes.

Depuis des décennies, les gouvernements successifs ne montrent aucune volonté réelle pour changer le cours des choses. Ce qui est aussi alarmant, est l’absence de projet politique de ceux qui aspirent à diriger le pays. Cela se remarque, malheureusement, lors des campagnes électorales. Rares sont les candidats et partis politiques qui présentent à l’opinion un programme (un vrai programme, une présentation « des objectifs très complets couvrant tous les aspects de la vie sociale ») car ceux-ci ne connaissent rien de ce que signifie les vocables VISION, IDEOLOGIE, et CONVICTION. Dans les iles de la lune, les hommes (surtout les hommes. Parait-il que c’est insultant qu’une femme occupe une fonction aussi importante que celle de Gouverneur ou de président) qui aspirent à la destinée de la nation communiquent à base de slogans, à coup de billets de banque et par des marchandages des plus ignominieuses.

Cependant, se trouve-t-on face à un paradoxe. Dans une autre société, la précarité de la population et l’absence d’une réponse adéquate de la part de l’ensemble de la classe politique conduiraient logiquement au rejet du second par le premier. Cela se traduirait par le phénomène de la hausse du taux d’abstention en période électorale, devenue une des armes lourdes de la contestation populaire en ce XXIème. Aux Comores, malgré tout, la situation est singulière. Outre leur présence spectaculaire lors des meetings électoraux, les électeurs ne désertent pas les bureaux de vote. Au contraire, ils s’y présentent massivement. A en croire les chiffres de la CENI, le taux de participation aux élections ne souffre pas de chute symbolique. Dans ce pays où l’électeur n’exprime plus son adhésion en faveur du parti ou du candidat ayant la même vision que lui de l’organisation souhaitable de la société ou du meilleur programme, les votes idéologiques, de conviction et même de séduction sont inexistantes. Il en va de même des votes de classe, de génération, de genre ou de croyance quand les clivages sur les visions économiques ou sur le terrain des valeurs sont absents.

Ainsi se pose la question du déterminant du comportement électoral du citoyen comorien ou plus généralement l’opinion du comorien en politique .

ASSADILLAH Abdou Ben Said, Etudiant en master II, Études politiques et internationales

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